Trop c'est trop : Les silences choquants du "Diplo”

Date
19/09/2022
Author

Dominique Vidal

Depuis quelques années, "Le Monde diplomatique" manifeste parfois une certaine complaisance vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Comme si le mensuel retombait dans un "campisme" typßque des années 1950.

Sauf que la guerre froide est terminĂ©e depuis trente ans: le monde d'aujourd'hui voit s'affronter plusieurs impĂ©rialismes - l'amĂ©ricain, le plus puissant, mais aussi le russe, le chinois, sans oublier les puissances rĂ©gionales telles qu'IsraĂ«l, la Turquie, l’Arabie saoudite, l'Iran, l'Inde, etc. Il serait absurde de prendre parti pour l'un contre les autres...

C'est ce qui choque à la lecture de l'article de Serge Halimi et Pierre Rimbert, publié en derniÚre page du numéro de septembre sous le titre "Voluptueux bourrage de crùne". Il s'agit d'un pamphlet contre la seule propagande ukrainienne et son relais par les médias occidentaux, et notamment français. En revanche, les auteurs ne consacrent, sous leur propre plume, pas une ligne, pas un mot de ce brûlot à Poutine, à sa décision d'envahir la Russie, aux crimes de guerre et contre l'Humanité que son armée y commet en série, ni à... sa propagande.

Bref, la critique - évidemment légitime - du biais des médias sert contraste avec le silence - non moins évidemment illégitime - sur la politique belliciste de Moscou.

Mes deux confrĂšres accrochent ironiquement leur texte: "Le prĂ©sident Volodymyr Zelensky, interrogent-ils, est-il aussi rĂ©dacteur en chef des mĂ©dias occidentaux ?" ArrivĂ© Ă  la fin de leur article, (https://www.monde-diplomatique.fr/2022/09/HALIMI/65016?var_ajax_redir=1) on serait plutĂŽt tentĂ©, quitte Ă  user du mĂȘme humour qu’eux, de se demander: "Le prĂ©sident Vladimir Poutine est-il aussi directeur du “Monde diplomatique”?"

TrĂȘve de plaisanterie. Cette Ă©trange article incite Ă  poser Ă  nouveau une question de fond: oui ou non, les crimes de guerre et contre l'HumanitĂ© doivent-ils ĂȘtre dĂ©noncĂ©s, quels qu'en soient les auteurs ? À moins que Serge Halimi et Pierre Rimbert pensent que les civils bombardĂ©s, les innocents torturĂ©s, les prisonniers castrĂ©s au couteau et les femmes violĂ©es par des groupes de soldats ivres - autant d'horreurs dĂ©noncĂ©es par les organisations internationales, y compris Amnesty qu’ils citent quand ça leur convient - relĂšvent de la propagande ? L'adjectif "voluptueux" est en tout cas malvenu...

Trop c'est trop : Les silences choquants du "Diplo”