Maksym Butkevych, soldat ukrainien, militant des droits de lâhomme et ancien journaliste de la BBC, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă 13 ans de prison par un « tribunal de la LPR ».
Au cours de lâĂ©tĂ© 2022, Maksym Butkevych, qui a combattu dans lâest de lâUkraine au sein des forces armĂ©es ukrainiennes, a Ă©tĂ© fait prisonnier par la Russie.
Les parents de Maksym sont choquĂ©s par la nouvelle du soi-disant tribunal de la « LPR », mais ils ne perdent pas lâespoir que leur fils rentrera chez lui.
« Nous espérons, nous croyons, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le ramener », a déclaré Oleksandr Butkevych à la BBC.
Maksym Butkevych, qui a aidĂ© des centaines de migrants en Ukraine et dĂ©fend les droits de lâhomme depuis des dĂ©cennies, est prĂ©sentĂ© par les mĂ©dias russes comme un « fasciste convaincu » et « le principal Ă©branleur de rĂ©gimes » au Kazakhstan et au Belarus.
La propagande russe a qualifiĂ© Maksym dâ« espion britannique » simplement parce quâil a travaillĂ© pour la BBC.
« ProcÚs » dans la « LPR »
La nouvelle du procĂšs du militant ukrainien des droits de lâhomme a Ă©tĂ© publiĂ©e par le ComitĂ© dâenquĂȘte de Russie. Ils ont dĂ©clarĂ© que Maksim a Ă©tĂ© « condamné » pour crimes de guerre.
La dĂ©cision du « tribunal » indique que Butkevich a Ă©tĂ© reconnu coupable de traitement cruel de civils, dâutilisation de mĂ©thodes interdites lors dâun conflit armĂ© et de tentative de meurtre sur deux personnes ou plus.
Le comitĂ© dâenquĂȘte a dĂ©clarĂ© que Maksim Butkevich avait plaidĂ© coupable et quâil avait des remords.
Le soi-disant procĂšs sâest dĂ©roulĂ© dans la partie de la rĂ©gion de Louhansk contrĂŽlĂ©e par la Russie. Outre Butkevich, deux autres Ukrainiens ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour des faits similaires : Viktor Pohozei et Vladislav Shel.
Selon les Russes, lâĂ©tĂ© dernier, Ă Sievierodonetsk, M. Butkevich a tirĂ© avec un lance-grenades antichars sur lâentrĂ©e dâun immeuble rĂ©sidentiel oĂč se trouvaient deux civils, prĂ©tendument « avec lâintention de les tuer et de causer des dommages Ă leurs biens ».
LâUkraine ne reconnaĂźt ni la LPR ni les tribunaux sur ce territoire.
« Que peut-on attendre dâun tel procĂšs ? »
« Nous venons de lâapprendre nous-mĂȘmes. Je ne peux pas parler, je pleure tout le temps », dĂ©clare Yevgeniya, la mĂšre de Maksym, Ă propos des nouvelles de la « LPR ».
Son fils est en captivitĂ© en Russie depuis plus de six mois. Les parents nâont vu leur fils que quelques fois sur des vidĂ©os publiĂ©es par les mĂ©dias russes et ont longtemps ignorĂ© son sort. En dĂ©cembre, un soldat de lâunitĂ© de Maksym Butkevych, qui a Ă©tĂ© Ă©changĂ©, a dĂ©clarĂ© que Maksym Ă©tait dĂ©tenu au SIZO de Luhansk.
« Il sâagit dâune fausse condamnation, dâune affaire montĂ©e de toutes piĂšces. Mais quây a-t-il de surprenant Ă ce que mĂȘme Lavrov dise que nous nâavons pas attaquĂ© lâUkraine ? Que pouvons-nous attendre de ce pays et de ce type de justice ? » - dĂ©clare Oleksandr Butkevych.
Il dit quâil ne peut rien dire dâautre pour ne pas nuire Ă son fils. Il ne sait pas si son fils figure sur la liste dâĂ©change de prisonniers.
« Les gens peuvent demander un Ă©change, et la partie russe dĂ©cide de maniĂšre sĂ©lective qui doit ĂȘtre libĂ©rĂ©. Mais nous ne perdons pas espoir », dĂ©clare M. Butkevych.
Le Centre conjoint pour la recherche et la libĂ©ration des prisonniers de guerre travaille Ă la libĂ©ration de M. Butkevych, ainsi quâĂ celle dâautres prisonniers.
Les collÚgues, les amis et les parents de Maksym Butkevych sont indignés que les médias russes le présentent comme un nazi.
« Sâil y a des gens quâil est difficile dâimaginer capables de âtraitements cruels envers des civilsâ, câest bien Max Butkevych », dĂ©clare Olesya Ostrovska, directrice de lâArsenal de Mystetskyi.
« Max est la personne la plus gentille au monde. Pensait-il, lorsquâil sâest obstinĂ© Ă participer aux piquets de grĂšve pour la libĂ©ration de Sentsov et Kolchenko de la chambre de torture russe, quâil serait lui-mĂȘme Ă leur place ? », dĂ©clare Irina Navolneva, une amie de Maxim, dans un commentaire adressĂ© Ă la BBC.
« Ils disent que tous les journalistes capturĂ©s sont dans le collimateur des Russes. Il semble quâon fasse de lui une victime sacrificielle », ajoute le pĂšre de Maksym.
Pacifiste et défenseur des migrants
Jusquâen 2022, Maksym Butkevych nâavait aucune expĂ©rience du combat, si ce nâest quâil Ă©tudiait au dĂ©partement militaire en mĂȘme temps quâil obtenait un diplĂŽme de philosophie.
AprĂšs le dĂ©but de lâinvasion au printemps 2022, Maksym Butkevych est parti au front. « Il a dit quâil devait aller dĂ©fendre le pays. Il nây avait pas dâautres options pour lui », se souvient sa mĂšre Yevheniia Butkevych.
« En fĂ©vrier, Max est allĂ© dĂ©fendre lâUkraine contre lâinvasion russe, parce que les droits de lâhomme sont impossibles face Ă lâinvasion... Max est peut-ĂȘtre lâhumaniste le plus radical que jâaie jamais rencontré », se souvient son amie, la cinĂ©aste Nadiia Parfan.
En juin 2022, Max et dâautres membres des forces armĂ©es ukrainiennes ont Ă©tĂ© faits prisonniers prĂšs des villes de Zolote et Hirske, dans la rĂ©gion de Louhansk, tenues par les Russes.
Le ministÚre russe de la défense a par la suite confirmé que Butkevich était un prisonnier de guerre.
Des dizaines de sites web russes ont publiĂ© des informations sur Maksym, le qualifiant de « militant » et de « nazi », de « propagandiste » et de « russophobe ». Il est accusĂ© dâincitation Ă la guerre civile.
La biographie de Maksym comprend un travail au service ukrainien de la BBC Ă Londres, oĂč il a rĂ©alisĂ© des programmes sur lâart et les questions relatives aux rĂ©fugiĂ©s, un enseignement Ă lâAcadĂ©mie de Kiev-Mohyla et un travail au Haut Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s.
Ses collĂšgues et amis le qualifient de pacifiste et de dĂ©fenseur des migrants. Il a condamnĂ© publiquement Ă plusieurs reprises le racisme, la xĂ©nophobie, la discrimination, lâantisĂ©mitisme, les Roms, lâhomophobie, le fascisme et le nazisme.
M. Butkevych a consacrĂ© prĂšs de 15 ans de sa vie Ă la dĂ©fense des droits de lâhomme. Il a Ă©tĂ© membre du conseil dâadministration de la section ukrainienne dâAmnesty International et du conseil public du ministĂšre de lâintĂ©rieur. Il a Ă©tĂ© cofondateur de lâorganisation de dĂ©fense des droits de lâhomme Bez Borders, qui lutte contre les manifestations xĂ©nophobes et racistes en Ukraine et aide les migrants et les personnes dĂ©placĂ©es.
« Maksym sâest battu contre la discrimination et les discours de haine. Il sâest battu pour que lâUkraine nâexpulse pas les gens vers des pays oĂč ils Ă©taient en danger. Il les a aidĂ©s Ă trouver refuge ici », explique Volodymyr Yavorskyi, avocat au Centre pour les libertĂ©s civiles et ami de Maksym.
Selon ses estimations, Maksym a aidĂ© des centaines de migrants en Ukraine dans le cadre de ses activitĂ©s de dĂ©fense des droits de lâhomme.
Selon ses collĂšgues et amis, Maksym a donnĂ© des consultations, rencontrĂ© des personnes dans les aĂ©roports et les gares routiĂšres, collectĂ© de lâaide humanitaire et des fonds, et dĂ©mystifiĂ© les stĂ©rĂ©otypes xĂ©nophobes sur les migrants dans les mĂ©dias.
« Il a toujours sauvĂ© tout le monde. Il a rĂ©digĂ© des requĂȘtes auprĂšs de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme, a collectĂ© des fonds pour lâarmĂ©e. Il Ă©tait le dĂ©fenseur de ceux qui souffrent le plus - les personnes handicapĂ©es, les femmes et les enfants. Les personnes les plus vulnĂ©rables et les plus persĂ©cutĂ©es », dĂ©clare Oleksandra Delemenchuk, militante des droits de lâhomme.
« Maksym critiquait les organisations de droite en Ukraine qui attaquaient les Ă©trangers. Il sâopposait ouvertement Ă la droite et avait des conflits avec elle. Il est dâautant plus surprenant que les mĂ©dias russes le traitent de nazi. Maxim a des opinions totalement opposĂ©es », dĂ©clare Vladimir Yavorsky.
Au cours de lâĂ©tĂ©, lorsque la nouvelle de sa captivitĂ© a Ă©tĂ© connue, des personnalitĂ©s publiques, des professionnels des mĂ©dias et des hommes politiques ont organisĂ© une campagne appelant Ă la libĂ©ration immĂ©diate de Butkevych sur les mĂ©dias sociaux, avec le hashtag #FreeMaksymButkevych.
Le ministre tchĂšque des affaires Ă©trangĂšres, Jan Lipavsky, sâest alors joint Ă la foule Ă©clair.
En février, le festival international du film de la Berlinale a appelé à la libération de Maksym Butkevych de la captivité russe.
Traduit avec Deepl, sans relecture