« Ne trahissons pas l’Ukraine ! Ne nous trahissons pas nous-mĂȘme ! »

Alors qu’une « sinistre petite musique dĂ©faitiste » se fait entendre notamment au sein de la classe politique française, un collectif d’artistes et d’universitaires parmi lesquels Ariane Mnouchkine, VĂ©ronique Nahoum-Grappe ou CĂ©line VaissiĂ© appelle dans une tribune au « Monde » le gouvernement Ă  maintenir et renforcer son soutien Ă  Kiev.

Alors que, un ancien prĂ©sident de la RĂ©publique française nous incite Ă  pactiser avec Vladimir Poutine (prĂ©sumĂ© responsable de crimes de guerre par la Cour pĂ©nale internationale et sous le coup d’un mandat d’arrĂȘt pour dĂ©portation illĂ©gale de milliers d’enfants ukrainiens), nous poussant, ce faisant, Ă  pratiquer ce que notre code pĂ©nal qualifie d’intelligence avec l’ennemi, crime puni de trente ans de prison.

Alors que, le pape exhorte de jeunes Russes Ă  retrouver la « Grande », et « Sainte » « MĂšre Russie », « celle de Catherine II », devenant ainsi le propagandiste de l’exact programme de Vladimir Poutine. Alors que, la leader actuelle de l’extrĂȘme droite française, ancienne et future candidate Ă  la fonction suprĂȘme, prĂ©conise, par « principe de rĂ©alitĂ© (
) de se rapprocher du prĂ©sident russe pour ne pas aggraver la guerre » et parce que la Russie « ne va pas dĂ©mĂ©nager ».

Alors que, aprĂšs avoir furieusement militĂ© pour le refus d’envoi d’armes Ă  l’Ukraine, prĂ©conisant ainsi une politique de non-assistance Ă  dĂ©mocratie en danger, le leader autoproclamĂ© et manipulateur de la gauche française, multiplie maintenant les dĂ©clarations ondoyantes Ă©voquant l’obligation de « ramener Poutine Ă  la table des nĂ©gociations (
) sans que l’Ukraine perde la guerre », mais ne veut toujours pas admettre que, face Ă  un tel adversaire, pour ne pas perdre la guerre, l’Ukraine doit la gagner. Et qu’elle ne peut le faire qu’avec l’aide qu’il veut justement qu’on lui refuse.

Vladimir Poutine porteur de la guerre jusqu’au cƓur de l’Europe

Alors que le tant espĂ©rĂ© prĂ©sident du tant aimĂ© BrĂ©sil se range sans Ă©quivoque au cĂŽtĂ© de Poutine. Alors que des intellectuels de tous bords, prophĂ©tisant la dĂ©faite inĂ©luctable de l’Ukraine, nous appellent Ă  devenir enfin raisonnables en renonçant Ă  une cause perdue d’avance. Une dĂ©faite, disent-ils, d’autant plus inĂ©luctable qu’ils nous prĂ©disent la victoire certaine de Donald Trump en 2024, aux Etats-Unis.

Alors que des journalistes ne cessent de spĂ©culer sur la lassitude des opinions publiques et l’opposition au soutien de l’Ukraine qui deviendrait, sans aucun doute selon eux, majoritaire cet hiver. Alors que cette sinistre petite musique dĂ©faitiste, magistralement orchestrĂ©e par Moscou et ses valets apeurĂ©s ou Ă©conomiquement intĂ©ressĂ©s, risque de virer aux vocifĂ©rations paniquardes capables de noyer toutes les expressions de raison et de juste rĂ©sistance et d’affoler les opinions jusqu’à les faire marcher au pas de la Grande Russie.

Alors que, Vladimir Poutine, ayant portĂ© sa guerre jusqu’au cƓur de l’Europe, use de tout le pouvoir de nuisance propre Ă  une tyrannie pour dĂ©truire les fondements de notre vie sociale et dĂ©mocratique et que le chaos malfaisant et ruineux que, partout dans le monde, il exporte de mille maniĂšres, handicape dramatiquement le travail immense qui nous attend depuis trop longtemps : lutter efficacement contre le rĂ©chauffement climatique et ses dĂ©sastres, accĂ©lĂ©rer le progrĂšs social, s’opposer Ă  la misĂšre et l’obscurantisme et Ɠuvrer pour la dĂ©sescalade nuclĂ©aire et la paix, partout dans le monde.

L’Ukraine est l’hĂ©roĂŻque rempart de l’Europe Nous, citoyennes et citoyens, adjurons le prĂ©sident de la RĂ©publique et son gouvernement de maintenir et renforcer la position qu’aprĂšs tant de tergiversations ils ont enfin adoptĂ©e : un soutien sans faille, grandissant et rapide Ă  l’Ukraine tant que celle-ci n’aura pas vu la derniĂšre botte du dernier soldat russe quitter son territoire. Il faut pour cela que l’Ukraine reçoive enfin toutes les armes demandĂ©es, chars, missiles Ă  longue portĂ©e, avions indispensables Ă  sa victoire. Vite. Elle ne doit plus continuer Ă  se battre, une main liĂ©e dans le dos et son ciel dĂ©sarmĂ©. Nous adjurons le prĂ©sident de la RĂ©publique et son gouvernement de prendre dĂšs aujourd’hui les mesures nĂ©cessaires pour que l’effort de guerre, bien expliquĂ© Ă  tous, ne pĂšse pas, cet hiver, sur les plus fragiles des Français, mais que les mieux lotis d’entre nous soient fermement appelĂ©s Ă  faire les sacrifices nĂ©cessaires pour, de façon dĂ©terminante, aider l’Ukraine Ă  chasser l’envahisseur russe de son territoire. Un envahisseur qui n’a d’autre dessein depuis vingt ans, que de recoloniser Ă  coups de canon un empire tyrannique et, pour cela, soutenir les pires rĂ©gimes de la planĂšte, en Syrie, en Birmanie, en Iran, en Afghanistan, en CorĂ©e du Nord, en Afrique, etc., et dĂ©truire les dĂ©mocraties qui veulent s’y opposer, c’est-Ă -dire d’abord l’Europe. L’Europe dont l’Ukraine est actuellement l’hĂ©roĂŻque rempart et dont elle dĂ©fend non seulement les principes, mais aussi les intĂ©rĂȘts et la sĂ©curitĂ© future. Un seul mot d’ordre : Russie, hors d’Ukraine ! Quant Ă  nous, citoyennes et citoyens, que sommes-nous donc devenus pour penser que toute action de notre part est inutile ? Comment pouvons-nous laisser commettre cette agression sur le sol europĂ©en, sur notre sol, sans manifester dans nos rues notre indignation et nos exigences comme les citoyens amĂ©ricains et nous-mĂȘme l’avons fait contre la guerre du Vietnam, rejoints par presque toute l’humanitĂ©, il y a tout juste un demi-siĂšcle ? Sans parler, pour les plus ĂągĂ©s d’entre nous, des immenses cortĂšges et des actions innombrables contre la guerre d’AlgĂ©rie. Sommes-nous vouĂ©s Ă  suivre, les bras ballants, Ă  la tĂ©lĂ©vision ou sur les rĂ©seaux sociaux, les bombardements, les massacres, les horreurs de Marioupol, de Boutcha, les combats, les sacrifices inimaginables, les hĂ©ros et les morts de la contre-offensive ? Ne sommes-nous devenus bons qu’à ĂȘtre des spectateurs dĂ©solĂ©s mais immobiles ? Non ! Nous pouvons agir, nous devons agir, renforcer le courage des opinions publiques et, par nos manifestations, stimuler celui de notre gouvernement et des gouvernements alliĂ©s, dont la pusillanimitĂ© a coĂ»tĂ©, et coĂ»te encore, chaque semaine, des milliers de vies civiles et militaires Ă  l’Ukraine. Ne trahissons pas l’Ukraine ! Ne nous trahissons pas nous-mĂȘme ! Nous en appelons Ă  toutes les citoyennes et citoyens de France et d’Europe, nous en appelons Ă  toutes les associations pro-ukrainiennes qui agissent dĂ©jĂ  et Ă  toutes celles qui, progressistes, dĂ©fendent d’autres causes, mais ne demandent qu’à agir ou agissent dĂ©jĂ  en soutien Ă  l’Ukraine, pour leur proposer de rassembler nos forces et d’organiser une mobilisation afin de ne pas laisser la rue, les mĂ©dias et les rĂ©seaux sociaux aux seuls complices, conscients ou inconscients, du rĂ©gime de Moscou. Pour cela, un seul mot d’ordre : Russie, hors d’Ukraine ! Galia Ackerman, historienne, directrice de la rĂ©daction de Desk Russie ; Bendak, dessinateur de presse ; Marcel Bozonnet, comĂ©dien ; HĂ©lĂšne Cixous, Ă©crivaine ; AndrĂ© Markowicz, poĂšte, traducteur, Ă©diteur ; Bruno Meunier, chef d’entreprise ; Ariane Mnouchkine, metteuse en scĂšne ; Françoise Morvan, Ă©ditrice, traductrice, dramaturge ; VĂ©ronique Nahoum-Grappe, anthropologue ; Xavier Tytelman, consultant dĂ©fense, youtubeur ; CĂ©cile VaissiĂ©, professeure des universitĂ©s ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste.

« Ne trahissons pas l’Ukraine ! Ne nous trahissons pas nous-mĂȘme ! »