Tatiana Py Dutra
Dans une nouvelle tentative pour se distinguer en tant quâ«âambassadeur de la paixâ» et donner de lâimportance au BrĂ©sil dans le scĂ©nario de la politique Ă©trangĂšre, le prĂ©sident Luiz InĂĄcio Lula da Silva (PT) a rĂ©ussi Ă mĂ©contenter les acteurs internationaux, tels que les Ătats-Unis et lâUnion europĂ©enne, lorsquâil a parlĂ© de la guerre entre la Russie et lâUkraine.
Lors de sa tournĂ©e en Chine et aux Ămirats arabes unis ces derniers jours, Lula a critiquĂ© le rĂŽle jouĂ© par les AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens dans le conflit, qui a dĂ©butĂ© en fĂ©vrier 2022, lorsque les forces russes ont envahi le pays voisin dans le but de renverser le gouvernement dĂ©mocratiquement Ă©lu du prĂ©sident Volodymyr Zelensky et dâannexer certaines parties du pays.
Samedi 15 avril, lors dâune visite Ă PĂ©kin, il a dĂ©clarĂ© quâ«âil est nĂ©cessaire que les Ătats-Unis cessent dâencourager la guerre [en Ukraine] et commencent Ă parler de paix. LâUnion europĂ©enne doit commencer Ă parler de paixâ». La critique a introduit la proposition de crĂ©er une sorte de G20 formĂ© par des pays non impliquĂ©s dans la guerre pour articuler le ÂrĂ©tablissement de la paix.
La suggestion que les AmĂ©ricains contribuent Ă prolonger le conflit a mis la Maison Blanche en colĂšre. Le porte-parole Jack Kirby a qualifiĂ© le discours de «âprofondĂ©ment problĂ©matiqueâ» parce quâil faisait Ă©cho Ă la position de Moscou et de PĂ©kin. Peter Stano, porte-parole de la Commission europĂ©enne, a dĂ©clarĂ© que lâUnion europĂ©enne aidait «âlâUkraine Ă exercer son droit lĂ©gitime Ă lâautodĂ©fense âface Ă uneâ agression illĂ©gale, une violation de la Charte des Nations uniesâ».
Invitation
Mais câest une autre opinion du prĂ©sident brĂ©silien, manifestement erronĂ©e, qui a frappĂ© le gouvernement ukrainien. Dimanche 16, le prĂ©sident du PT a rĂ©parti Ă©quitablement la facture du conflit entre la Russie et lâUkraine.
«âLe prĂ©sident Poutine ne prend pas lâinitiative dâarrĂȘter. Zelensky ne prend pas lâinitiative dâarrĂȘter. LâEurope et les Ătats-Unis finissent par contribuer Ă la poursuite de cette guerre. Je pense que nous devons nous asseoir autour dâune table et dire que cela suffit, discutons, car la guerre nâa jamais apportĂ© et nâapportera jamais de bĂ©nĂ©ficesâ», a-t-il dĂ©clarĂ©.
Cette grave fausse symĂ©trie favorise le gouvernement russe en ignorant que câest Vladimir Poutine qui a pris lâinitiative impĂ©rialiste dâenvahir et de bombarder une nation souveraine pour sâen emparer en partie, voire en totalitĂ©. Lula a Ă©galement ignorĂ© que lâalliance de lâUkraine avec lâOccident serait le seul moyen de faire face Ă la puissance militaire de lâarmĂ©e russe. Lâalternative serait de cĂ©der son intĂ©gritĂ© territoriale sans la dĂ©fendre au prĂ©alable.
Le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Oleg Nikolenko, a utilisĂ© Facebook pour reprocher au BrĂ©silien de mettre «âla victime et lâagresseur sur le mĂȘme planâ» et dâattaquer les alliĂ©s qui aident le pays Ă se protĂ©ger dâune «âagression meurtriĂšreâ». M. Nikolenko a invitĂ© M. Lula Ă se rendre Ă Kiev, la capitale du pays, afin quâil «âcomprenne les causes rĂ©elles et lâessenceâ» de lâinvasion russe.
Visite de Lavrov
Le dĂ©sĂ©quilibre dans la dĂ©claration de Lula a dĂ©jĂ Ă©tĂ© exploitĂ© par la Russie, qui mĂšne une campagne diplomatique auprĂšs des pays Ă©mergents pour les convaincre que la guerre nâest quâune dĂ©fense contre lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine sur la politique et la sĂ©curitĂ© mondiales.
Le ministre russe des Affaires Ă©trangĂšres, Sergei Lavrov, a Ă©tĂ© reçu par Lula Ă Brasilia le 17 avril. Devant les journalistes, il a repris les mots de Lula pour dire que les deux pays avaient des «âapproches similairesâ» des questions mondiales, suggĂ©rant quâils Ă©taient opposĂ©s aux Ătats-Unis et Ă lâOtan. [âŠ] La situation est dĂ©licate. Certains observateurs ont interprĂ©tĂ© que Lula pourrait ĂȘtre utilisĂ© par la Russie pour faire gagner du temps Ă Moscou, tout en soulignant la quasi-insignifiance de la nation dans la mĂ©diation des conflits internationaux.