Un soulèvement des femmes, des travailleurs et des peuples

Language
français
Date
September 29, 2022
Author
Kirill Medvedev
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sur le fait que la guerre en Ukraine achève le projet trentenaire de la Fédération de Russie, et sur les chances de salut et de victoire de notre société. Ils détruisent notre peuple russe post-soviétique. Ils sont en train de la détruire en ce moment même sous les huées extatiques des "patriotes" et, d'une certaine manière, je ne suis pas surpris que seuls quelques membres du milieu patriotique national s'y opposent. Le nationalisme impérial russe est une idéologie anti-russe, anti-populaire. Une idéologie d'autodestruction et de désintégration. Dans une tentative d'unir le peuple et l'autocratie, l'un des éléments périra inévitablement. La question est de savoir qui va périr cette fois-ci. La nation russe post-soviétique, avec tout ce qu'elle comporte de bon et de laid, disparaît. Avec tous ses résistants, ses sceptiques, ses fugitifs et ses apolitiques. Ce n'est pas que les pourcentages des premiers, des seconds et des derniers soient exactement les mêmes tous les 30 ans : à une époque, la part du lion était constituée de grands-mères et d'oncles soviétiques capables de mettre en pièces la police anti-émeute d'Eltsine puis de Poutine. Les manifestations de 2005 contre la monétisation des prestations ont été leur dernier rempart. Puis sont arrivés les citadins en colère, d'autres personnes, les rejetons de la normalisation de Poutine. Aujourd'hui, ils disparaissent eux aussi. Tout un projet post-soviétique de la Fédération de Russie, fondé sur la croyance que les éléments de la démocratie bourgeoise avec ses spécificités locales (l'oligarchie dans les années 1990 et la main forte dans les années 1990), ainsi qu'une économie de marché tordue mais tant bien que mal, la consommation dépolitisée de la classe moyenne et l'espoir que tous les autres se joindront à cette consommation, nous ramèneront progressivement à une sorte de norme historique et civilisationnelle. Les choses ont mal tourné. Une erreur systémique. Le projet est clos. Les plus soumis, les plus apathiques, les patriotes les plus naïfs et tous ceux qui ont confondu la patrie avec le cul de Poutine seront mobilisés et détruits, physiquement ou moralement. Tous les hommes un tant soit peu entreprenants, et avec eux ou seules, de nombreuses femmes partiront à l'étranger, endureront les tracas, mendieront des visas, s'adapteront lentement à cette nouvelle vie. La plupart de ces personnes ont soutenu Poutine hier, mais voici ce qu'il leur réserve, OK. Quelles options avons-nous si la mobilisation n'est pas arrêtée ou bloquée dès que possible, mais qu'elle continue à tourner comme une toupie exaspérante ? La première option peut s'accompagner d'une sorte de paix, plus ou moins bénéfique pour Poutine. Ce qui nous attend alors, c'est un ordre néo-Poutine, fortement fasciné, dans lequel les élites contrôlent le pays intimidé, tandis que la population des territoires gravement dévastés continue d'exister passivement pendant encore 10 à 20 ans. La deuxième option est la défaite militaire de la Russie après l'utilisation par Poutine d'armes nucléaires. Un ordre humiliant, imposé de l'extérieur, qui finira par détruire le moral de ceux qui survivront et resteront alors dans le pays, et de tous les "Russes du monde" également. Et puis il y a la troisième variante, qui semble pour l'instant la plus naïve et la plus improbable. Un soulèvement contre la mobilisation et la guerre. Un soulèvement des femmes qui sont déjà à la pointe des protestations aujourd'hui, un soulèvement des peuples dont, pardon, le patrimoine génétique est envoyé pourrir sur le sol ukrainien, un soulèvement des travailleurs qui sont chassés de la production vers le front. Pas tous les travailleurs, bien sûr, et guère la majorité, mais ceux qui sont finalement capables de se révolter dans leur dignité personnelle, et peut-être les vestiges de la mémoire historique d'une époque où les travailleurs n'étaient pas un appendice des machines militaires et industrielles, mais marchaient en tête des batailles pour la démocratie. Existe-t-il une force capable de balayer les fauteurs de guerre, de briser le dos des fascistes russes qui tenteront de prendre le pouvoir, de fermer l'enfer du projet Eltsine-Poutine, qui a naturellement dégénéré en un "rasha" stupide et agressif, et d'établir une nouvelle république sur de nouvelles bases, avec un rôle radicalement nouveau pour les travailleurs, les femmes et les peuples ? Il y a une petite chance. Les risques seront nombreux et beaucoup de choses peuvent mal tourner, mais la vie et l'histoire de notre cher et amer sixième de la terre ne peuvent se poursuivre que de cette manière.