Convoi Syndical Pour L’ukraine, La SolidaritĂ© Syndicale A Un Nom !

Récit de ceux et celles qui y ont participé...

DĂšs le dĂ©but de la guerre en Ukraine, enclanchĂ©e par l’invasion russe le 24 fĂ©vrier nous avons participĂ© aux actions de solidaritĂ© et commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  ce que nous pouvions faire comme organisation syndicale. Grace Ă  notre implication dans le travail international, nous avons eu rapidement des contacts sur place et dĂ©cidĂ© de prĂ©parer un convoi syndical de solidaritĂ©.

Deux initiatives de convois syndicaux ont eu lieu Ă  ce jour. La premiĂšre, organisĂ©e par le RĂ©seau syndical international de solidaritĂ© et de luttes (RSISL) a permis d’envoyer une dĂ©lĂ©gation et du matĂ©riel fin avril en Ukraine, initiative Ă  laquelle Solidaires a participĂ© au cĂŽtĂ© de la CSP-Conlutas du BrĂ©sil, de OZZIP de Pologne, des ADL-Cobas d’Italie.

En parallĂšle, en France, nous avons initiĂ© avec la CGT et la FSU, une intersyndicale qui rĂ©unit aujourd’hui toutes les organisations pour prĂ©parer un convoi intersyndical. Dans ce cadre, une premiĂšre action a Ă©tĂ© menĂ©e Ă  la fin du mois de juin pour laquelle une dĂ©lĂ©gation Ă  laquelle Solidaires a participĂ© Ă  amener deux vĂ©hicules Renault Trafic obtenus par les organisations syndicales de Renault, pour chacune des centrales syndicales d’Ukraine, la FPU et la KVPU.

Cette chronique raconte ces deux premiĂšres initiatives. D’autres sont programmĂ©es : Ă  nouveau via le RSISL cet Ă©tĂ© et rapidement aussi par l’envoi de wagons obtenus grĂące Ă  SUD Rail et remplis de matĂ©riel par l’intersyndicale.

Les collectes ont permis de rĂ©unir des fonds pour la solidaritĂ© avec les syndicalistes qui se battent dans la dĂ©fense civile et pour les rĂ©fugié·es Ă  l’intĂ©rieur du pays. La guerre n’est pas finie, il est utile de continuer Ă  marquer notre soutien aux syndicats qui se battent contre l’envahisseur et aussi contre les rĂ©formes du droit du travail de leur propre gouvernement. La solidaritĂ© internationale, pour Solidaires, c’est bien cela !

On peut verser sur le compte du Convoi syndical : virement sur le compte FR12 2004 1000 0127 9649 6A02 006 – PSSTFRPPPAR Ă  La Banque postale, Centre financier Paris ; ou chĂšques Ă  l’ordre de « Convoi syndical » Ă  envoyer Ă  Solidaires, 31 rue de la Grange aux belles, 75010 Paris.

Quelques jours en Ukraine

Le RĂ©seau syndical international de solidaritĂ© et de luttes (RSISL) dont fait partie Solidaires, a dĂ©cidĂ© d’organiser un premier convoi vers l’Ukraine fin avril, profitant de la rencontre de ce rĂ©seau Ă  Dijon en avril 2022. Étaient partant·es pour ce convoi, des camarades du CSP-Conlutas brĂ©silien, de l’ADL-Cobas italien, de l’IP polonais et de Solidaires.

Nous nous sommes toutes et tous retrouvé·es à Varsovie et de là départ vers la ville de Lviv, en Ukraine, avec une camionnette remplie de 800 kg de matériel, une camionnette pour le transport des Brésiliens et les Italiens et les Français avons voyagé avec le bus de ligne qui joint réguliÚrement Varsovie à Lviv.

Il n’y avait que des femmes et des enfants dans ce bus, toutes et tous ukrainien·nes retournant dans leur pays, momentanĂ©ment ou dĂ©finitivement.

Les seuls hommes présents faisaient partie de notre délégation ou étaient des bénévoles comme nous.

À mi-chemin entre Varsovie et la frontiĂšre ukrainienne, halte dans la ville de Lublin oĂč tout est fait pour accueillir le mieux possible les rĂ©fugié·es ukrainien·nes, avec des dĂ©pĂŽts de nourriture, des habits, des jouets, des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©... Et dĂšs la descente du bus, de la nourriture, des boissons et des WC gratuits pour toutes ces femmes et leurs enfants.

On retrouvera ces stands de nourriture, boissons, doudous pour enfants, habits, etc., à la frontiùre, à l’aller et au retour

AprĂšs la frontiĂšre, changement de paysage et la rĂ©gion a l’air plus pauvre. Beaucoup de champs cultivĂ©s, des fermes, beaucoup de femmes dans les champs.

À l’arrivĂ©e Ă  Lviv, un check-point nous oblige Ă  ressortir nos passeports et nos invitations en tant que bĂ©nĂ©voles, et toujours la petite angoisse d’ĂȘtre rejeté·es, de ne pas pouvoir continuer. Heureusement, ils n’ont pas vĂ©rifiĂ© nos portables, qui n’étaient peut-ĂȘtre pas assez propres, malgrĂ© le « nettoyage » opĂ©rĂ© dans la chambre d’hĂŽtel de Varsovie la veille. Et ils ne fouillent pas nos bagages, qui ont aussi Ă©tĂ© « nettoyĂ©s » avant le dĂ©part.

Nous voyons des barricades, Ă  l’entrĂ©e de la ville, avec des drapeaux ukrainiens mais aussi un drapeau rouge et noir symbole du nationalisme radical ukrainien. C’est le seul qu’on ait vu.

Les rues de Lviv sont peu fréquentées mais pas totalement vides. Quelques personnes dans les parcs. Tout cela dans un grand silence impressionnant, comme une retenue.

Le soupiraux des caves sont protĂ©gĂ©s par des sacs de sable, beaucoup de vitres sont scotchĂ©es au chaterton pour Ă©viter les projections, les grandes portes des halls d’entrĂ©e, fermĂ©es par des baches ...

Durant la premiĂšre nuit, il paraĂźt qu’il y a eu deux alertes... les trois français, dormant dans la mĂȘme chambre, n’avons rien entendu, on a dormi sur nos six oreilles ! Heureusement, ces alertes ne sont pas toutes significatives, elles prĂ©viennent simplement qu’il y a un bombardement quelque part en Ukraine. Mais dorĂ©navant, on ne fermera plus la porte de la chambre Ă  clĂ©...

Le lendemain, en cherchant un endroit dans le centre oĂč imprimer des textes, on tombe sur un petit marchĂ©. On achĂšte quelques babioles Ă  des dames ravies d’avoir des clients et qui n’en finissent pas de nous remercier, ça en est gĂȘnant. Et on repart avec des petits cadeaux en plus. Moi j’hĂ©rite d’un magnet avec la cĂ©lĂšbre phrase du capitaine du tanker gĂ©orgien qui a refusĂ© de ravitailler un navire russe, « Allez vous faire voir, putains d’occupants ».

Prùs des stations d’autobus, on assiste à des scùnes poignantes, de jeunes soldats disant au revoir à leurs femmes et leurs enfants.

J’ai vu beaucoup de premiers mai, depuis que je milite, mais je me souviendrai longtemps du 1er mai 2022 à Lviv !

Nous nous retrouvons toutes et tous dans la Maison de la Culture qui est aussi un symbole de lutte depuis le début du XXÚme siÚcle.

DÚs notre arrivée, nous sommes accueillis chaleureusement par les camarades ukrainien·nes.

Vitaliy, secrĂ©taire de Sotsialniy Rukh, tient Ă  nous dire ce que cela reprĂ©sente pour eux, notre venue Ă  Lviv : “Bien sĂ»r, certains personnes importantes envoient de l’argent, des dons, c’est bien, on en a besoin et cela satisfait leur conscience, mais vous, vous venez jusqu’à nous pour nous apporter votre soutien, c’est mieux, et vous c’est le peuple, et vous ĂȘtes des camarades syndicalistes !”. Et il nous enlace chaleureusement.

Vu que nous ne pouvons pas dĂ©filer dans les rues, ces camarades ont organisĂ© une confĂ©rence appelĂ©e « Les dimensions de la guerre », oĂč on parlera de la guerre, de ses consĂ©quences politiques et sociales, des lois anti-sociales que subissent les travailleuses et travailleurs, de la violence faite aux femmes, de la part des russes, mais aussi de la part de leurs conjoints et de la dette ukrainienne.

Nous on a contribuĂ© en prĂ©parant des banderoles internationalistes, la veille, sur la terrasse de l’hĂŽtel.

Ce fut une journée trÚs enrichissante avec des contacts trÚs intéressants et des traductrices trÚs efficaces. Un beau Premier Mai !

Avant de se quitter, repas dans un restaurant, trĂšs chaleureux et cela nous rapproche encore plus des camarades ukrainien.ne.s.

À bientît, pour un prochain convoi !

Hortensia

Court récit de solidarité

Court récit personnel du premier convoi syndical et internationaliste en soutien au peuple ukrainien du 28 avril au 2 mai 2022.

Nous sommes le vendredi 22 avril 2022 aux 4Ăšmes rencontres du RSISL Ă  Dijon. Nous profitons de ce moment pour organiser une rencontre avec les syndicalistes brĂ©siliens et polonais afin de finaliser notre convoi de solidaritĂ© internationale pour nos camarades d’Ukraine. Une bonne heure d’échanges pour peaufiner l’organisation mise en place par le syndicat IP de Pologne qui nous emmĂšnera de Varsovie Ă  Lviv. Les choses sont calĂ©es afin de nous permettre d’aller de la façon la plus sĂ»re dans un pays en guerre pour apporter de l’aide matĂ©rielle, mais aussi transmettre quelques mots de rĂ©confort, des gestes de soutien... Cette solidaritĂ© humaine dont aucune puissance ou bloc militaire ne doit nous priver.

La dĂ©lĂ©gation de notre RĂ©seau syndical international de solidaritĂ© et de luttes se compose au fil de l’aprĂšs-midi du jeudi 28 mai dans un hĂŽtel de Varsovie. Nous retrouvons les camarades de la CSP-Conlutas qui Ă©taient dĂ©jĂ  sur place depuis quelques jours. Les reprĂ©sentant·es italien·nes arrivent en milieu d’aprĂšs-midi... et nous faisons connaissance, lors de la rĂ©union de briefing, avec les autrichien·nes et le camarade lituanien. Nous nous retrouvons toutes et tous dans une salle de rĂ©union de l’hĂŽtel pour prĂ©parer les derniers dĂ©tails du convoi et surtout Ă©couter les recommandations de celles et ceux qui avaient dĂ©jĂ  passĂ© la frontiĂšre il y a quelques semaines. Nous allons nous rendre dans un pays en guerre oĂč l’ennemi peut ĂȘtre de partout ; nous devons prendre des mesures pour Ă©viter, par exemple des soupçons d’espionnage lors de nombreux contrĂŽles qui peuvent nous attendre (suppression d’images, documents faisant un lien avec le communisme, ne pas avoir de nom Ă  consonnance russe dans son tĂ©lĂ©phone, ...). Pour passer la frontiĂšre, la dĂ©lĂ©gation sera divisĂ©e en trois groupes : un qui empruntera un bus rĂ©gulier entre Varsovie et Lviv, le second sera dans le minibus louĂ© par les camarades polonais et le dernier conduira la camionnette avec le matĂ©riel achetĂ© en Pologne. Aucune solution n’est plus rassurante que l’autre ; nous espĂ©rons toutes et tous nous retrouver Ă  Lviv et que personne ne soit bloquĂ© Ă  la frontiĂšre.

Les français·es, nous faisons partie du 1er groupe et embarquons dans un flixbus au dĂ©part de la gare routiĂšre de Varsovie. TrĂšs rapidement, nous ressentons les douleurs de la guerre en s’asseyant dans cet autocar qui est rempli en trĂšs grande majoritĂ© de femmes et d’enfants qui ont dĂ©cidĂ© de retourner en Ukraine. Les jouets et les doudous sont nombreux dans les rangĂ©es pour occuper les enfants durant ce trajet de 10 heures environ. C’est le genre de voyage oĂč le silence s’impose de fait.

Le passage des frontiĂšres polonaises et ukrainiennes se fait au bout de deux heures. Pour l’aller, on peut parler plutĂŽt de formalitĂ© du cĂŽtĂ© de la Pologne, ce qui ne sera pas le cas pour le retour.

Les militaires ukrainien·nes sont plus interrogatif·ves et rĂ©quisitionneront nos passeports durant plusieurs minutes. DĂšs les premiers kilomĂštres parcourus sur le sol ukrainien, nous avons la confirmation (mĂȘme s’il n’y en avait pas besoin) d’ĂȘtre dans un pays qui est en train d’ĂȘtre envahi. Les chicanes sont nombreuses sur la route nationale qui va jusqu’à Lviv. Les accĂšs aux villages ou villes que nous traversons sont condamnĂ©s par des blocs de bĂ©ton ; il n’est laissĂ© qu’un seul passage qui est « protĂ©gĂ© » par des sacs de guerre, des abris et des voitures bĂ©liers. L’entrĂ©e dans cette grande ville de l’ouest de l’Ukraine, Lviv, est contrĂŽlĂ©e par les militaires. À un checkpoint, un nouveau contrĂŽle des passeports et quelques questions « du pourquoi » de notre venue ici... avant d’atteindre la gare routiĂšre de Lviv qui est accolĂ©e Ă  la gare ferroviaire. Durant notre trajet, nous avions Ă©tĂ© au courant que les deux autres vĂ©hicules avaient passĂ© les frontiĂšres sans incident... nous passerions ainsi notre premiĂšre nuit toutes et tous ensemble.

Nous sommes resté·es deux jours complets et trois nuits Ă  Lviv. Le premier jour (le samedi 30 avril) nous avons apportĂ© le matĂ©riel dans un sous-sol d’un immeuble dont la construction s’était interrompue. C’est l’occasion de rencontrer physiquement Vitali, Youri et Alexander... ces syndicalistes que nous n’avions vu que par visioconfĂ©rence ces derniĂšres semaines ou avec qui nous avions parlĂ© via Telegram.

Nous sentons que le temps presse, que des risques de pillage existent sĂ»rement ; une chaine humaine s’auto-organise pour dĂ©charger les tronçonneuses, postes Ă  souder, batteries, nourriture, sacs de couchage...

Ce samedi aprÚs-midi, une salle avait été réservée pour deux heures dans la Maison de la Culture de Lviv.

La difficultĂ© de la traduction des langues Ă©tait dĂ©passĂ©e par notre Ă©motion rĂ©ciproque de se rencontrer et de symboliser notre solidaritĂ© internationale par de franches poignĂ©es de main et accolades. TrĂšs rapidement, nous rentrons dans des Ă©changes approfondis sur la situation sociale, militaire, syndicale... mais aussi sur l’avenir de leur pays et des travailleurs·ses.

Nous rencontrons des camarades qui sont fatiguĂ©s inĂ©vitablement mais sĂ»rement pas rĂ©signĂ©s·es, qui combattent sans relĂąche l’invasion de Poutine mais n’oublient pas de critiquer la politique capitaliste et antisociale de Zelensky, qui, malgrĂ© l’instant prĂ©sent horrible et plus qu’incertain avec cette guerre, n’abandonnent pas leurs idĂ©aux.

Nous avons du mal Ă  couper court Ă  nos premiĂšres discussions, les Ă©changes se poursuivent sur le trottoir... mĂȘme si l’une des consignes Ă©taient de ne pas crĂ©er des regroupements. Il est Ă©vident qu’en compagnie de nos camarades ukrainiens, nous nous sentions plus serein·es. Une rĂ©union non-mixte est improvisĂ©e dans un appartement d’une militante fĂ©ministe du Social Krub.

La fin de journĂ©e se terminera sur la terrasse de l’hĂŽtel oĂč l’ensemble de la dĂ©lĂ©gation se croisera pour faire un point de la journĂ©e, partager ces Ă©motions et prĂ©parer le lendemain.

Passer le 1er mai 2022 en Ukraine ne restera pas que dans la sphĂšre symbolique; elle renforcera mon engagement militant pour renforcer l’internationalisme qui doit ĂȘtre un combat et une nĂ©cessitĂ©. Les travailleuses et travailleurs Ă©taient privé·es de manifestations pour cette journĂ©e internationale ; cela ne nous empĂȘchera de nous retrouver durant plusieurs heures lors d’une confĂ©rence intitulĂ©e « Dimensions of war ».

Avant de me rendre Ă  la Maison de la Culture, je dĂ©cide d’aller me recueillir devant un mur de fortune en souvenir des victimes de la guerre dont j’ai appris l’existence via les rĂ©seaux sociaux. Il y a du monde qui pleure ce dimanche matin devant ces centaines de photos.

L’ordre du jour proposĂ© et les intervenant·es prĂ©sent·es lors de la confĂ©rence syndicale du dimanche aprĂšs-midi confirment trĂšs rapidement (si cela Ă©tait encore nĂ©cessaire) que nos camarades ukrainien·nes allient Ă  la fois la dĂ©fense immĂ©diate de leur nation et une reconstruction de leur sociĂ©tĂ© diffĂ©rente. Nous ne sommes pas dĂ©placé·es, dans leur pays, pour leur donner des leçons de morale ou dĂ©livrer des explications thĂ©oriques sur les consĂ©quences de l’impĂ©rialisme. Bien au contraire, nous sommes venu·es pour essayer de comprendre un peu mieux ce qu’ils·elles vivent, ressentent, veulent... pour ĂȘtre encore plus efficaces dans notre solidaritĂ©.

Une des images fortes qui me revient : le tĂ©moignage d’un syndicaliste engagĂ© au combat qui a pris le temps de nous faire parvenir une vidĂ©o en terminant par ce message « Congratulations on the first of may, we will be victorious together ». (« FĂ©licitations pour le premier mai, nous serons victorieux ensemble »).

Comme la veille, la fin de journĂ©e se terminera sur la terrasse de l’hĂŽtel mais cette fois-ci certain·es jeunes camarades ukrainien·nes nous auront rejoint malgrĂ© le couvre-feu. Nous entendrons encore les sirĂšnes qui signalent que l’Ukraine est bombardĂ©e.

Le retour se fera de la mĂȘme maniĂšre pour la dĂ©lĂ©gation. L’ambiance sera encore plus pesante au dĂ©part du bus oĂč les hommes accompagnent leurs femmes, enfants, famille... jusqu’à l’intĂ©rieur. Le passage aux frontiĂšres sera rĂ©vĂ©lateur de la politique d’extrĂȘme droite menĂ©e par le gouvernement polonais (les contrĂŽles sont beaucoup plus poussĂ©s et violents pour les passagers·Úres venant d’Ukraine... et d’origine africaine) mais en contradiction avec ces bĂ©nĂ©voles, qui, dĂšs nos premiers pas sur le sol polonais, prennent en charge immĂ©diatement les rĂ©fugié·es sans aucune discrimination. Le trajet du retour se fera dans le mĂȘme silence que celui de l’aller mais pas pour les mĂȘmes raisons. Le stress a Ă©tĂ© remplacĂ© par la tristesse et la colĂšre.

De retour dans l’Union EuropĂ©enne, j’écrirais trois mots sur un rĂ©seau social : bouleversant, rĂ©voltant et dĂ©terminant. Ce sont ces trois adjectifs qui me viendront sans trop rĂ©flĂ©chir... et qui me permettront de rĂ©pondre Ă  la lĂ©gitime question de retour en France : « alors comment c’était en Ukraine ? ».

Julien

Deux camionnettes pour les syndicats ukrainiens

Depuis le mois de mars, une dĂ©marche intersyndicale a Ă©tĂ© engagĂ©e et rĂ©unit aujourd’hui toutes les organisations syndicales françaises (https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/communiques/un-convoi-intersyndical-pour-lukraine-appel-unitaire-des-organisations-syndicales-francaises/ https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/internationales/un-convoi-intersyndical-pour-lukraine-point-detape/ ).L’objectif, au-delĂ  de l‘expression commune d’une solidaritĂ© aux travailleurs, travailleuses, aux rĂ©fugié·es et Ă  la population d’Ukraine, a Ă©tĂ© de mettre en place un convoi intersyndical qui amĂšnerait de l’aide en Ukraine.

L’objectif par cette action est d’aider ceux et celles qui sont nos contacts syndicaux lĂ -bas, qui travaillent dans des conditions difficiles et risquent leur vie, et qui sont engagé·es aussi pour certain·es dans la dĂ©fense civile, pour d’autres dans l’aide aux rĂ©fugié·es qui partent de l’est pour se rendre dans l’ouest du pays. C’est aussi de mobiliser les syndicats français par le travail de leurs membres et qui peuvent ainsi trouver des ressources dans leur entreprise. Le dernier point est essentiel : c’est par la rencontre et la discussion avec nos camarades ukrainien·nes que nous pouvons savoir leur apprĂ©ciation de ce qui se passe, leurs engagements, leurs problĂšmes liĂ©s Ă  la situation de travailleur·euses pendant la guerre. C’est cela, au-delĂ  de nos apprĂ©ciations sur la guerre, qui fait nos prises de positions et notre solidaritĂ© concrĂštes.

Cette premiĂšre initiative du convoi intersyndical a Ă©tĂ© d’acheminer en Ukraine deux vĂ©hicules Renault Traffic que Renault a accordĂ© comme geste humanitaire Ă  la demande de syndicats de l’entreprise, menĂ©e par la CGT et la CFDT. Dans les faits, ce geste a Ă©tĂ© plus compliquĂ© qu’annoncĂ© puisque qu’il ne s’agissait pas d’un vĂ©ritable don et que cela a rendu difficiles toute les dĂ©marches pour donner effectivement les vĂ©hicules sur place aux syndicats FPU (fĂ©dĂ©ration des syndicats d’Ukraine) et KVPU (fĂ©dĂ©ration des syndicats indĂ©pendants).

La CGT et Solidaires ont constituĂ© la dĂ©lĂ©gation chargĂ©e d’acheminer les vĂ©hicules, composĂ©e de 5 personnes dont 4 chauffeur·es, 2 personnes Ă©taient russophones. Il y avait 4 militants de la CGT et une militante de Solidaires. Nos camarades des syndicats ukrainiens avaient organisĂ© un accueil Ă  Oujhorod, ville frontiĂšre entre la Slovaquie et l’Ukraine, dans la rĂ©gion de Transcarpatie peu touchĂ©e par les opĂ©rations militaires russes.

Le dĂ©part a eu lieu le 25 juin. Il Ă©tait important de partir vite car le gouvernement ukrainien avait annoncĂ© la taxation Ă  hauteur de 40% des vĂ©hicules d’exportation Ă  partir du 1er juillet. Le voyage a Ă©tĂ© mouvementĂ©. Nous avons ainsi mis plus de 30 heures Ă  passer la frontiĂšre, tachant de rĂ©gler l’ensemble des problĂšmes administratifs, Renault ne voulant pas bouger de ses positionnements initiaux. Les dĂ©marches ont fini par faire que nous puissions effectivement donner les camionnettes. Elles sont maintenant propriĂ©tĂ©s des syndicats et immĂ©diatement utiles, celle de la FPU pour les rĂ©fugiĂ©s Ă  l’ouest de l’Ukraine, celle de la KVPU est partie immĂ©diatement au Donbass pour fournir de l’aide matĂ©rielle Ă  la dĂ©fense civile et aux populations encore sur place.

Les retards liĂ©s Ă  ces difficultĂ©s Ă  la frontiĂšre ont rĂ©duit le temps pour les discussions avec les syndicats en dĂ©pit d’un accueil trĂšs chaleureux et de nombreux remerciements. Mais nous les avons rencontrĂ©s et nous avons pu apprĂ©cier Ă  quel point cette dĂ©marche a Ă©tĂ© utile pour eux, et combien le soutien de syndicats hors d’Ukraine est important. La FPU (prĂ©sente dans la rĂ©gion oĂč nous nous trouvions) est le syndicat issu des syndicats de l’ex-URSS, elle n’est plus liĂ©e au pouvoir, elle a plusieurs millions de membres, et encore beaucoup de moyens, notamment des centres de vacances et sanatoriums oĂč elle hĂ©berge les rĂ©fugié·es intĂ©rieur·es. La KVPU que nous avons vu en coup de vent est un syndicat indĂ©pendant dans lequel sont prĂ©sentes des parties radicales (avec lesquelles Solidaires est en lien) et d’autres qui le sont moins.

Nous avons vu de nombreuses rĂ©fugiĂ©es avec leurs enfants. On peut employer le fĂ©minin car les hommes sont en gĂ©nĂ©ral restĂ©s sur place soit pour travailler, soit sur le front. Nous avons Ă©tĂ© hĂ©bergé·es dans un sanatorium de la FPU prĂšs de la ville de Moukatchevo oĂč prĂšs de 500 personnes Ă©taient rĂ©fugiĂ©es : des femmes, des enfants, des bĂ©bĂ©s qui grandissent dans des conditions difficiles avec des mĂšres souvent trĂšs angoissĂ©es. Il n’y a pas de scolarisation organisĂ©e par le syndicat (il n’en a pas les moyens), peut ĂȘtre des cours Ă  distance car la pĂ©riode du Covid avait mis en place ce type d’enseignement, mais ce n’est pas certain que tous les enfants en bĂ©nĂ©ficient. C’est un lieu chaleureux, trĂšs bien situĂ© (la Transcarpatie est une rĂ©gion montagneuse) mais les locaux sont vĂ©tustes et les chambres sur-occupĂ©es. Le syndicat aide certaines personnes pour les biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, parmi celles qui ont le plus de difficultĂ©s. Nous avions achetĂ© quelques produits qu’on avait mis dans les camionnettes. Ce don-lĂ  Ă©tait symbolique mais il a Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©. Des centres comme celui-ci ont Ă©tĂ© vendus par la FPU faute de moyens de les entretenir. Il n’est pas certain que de tels lieux privatisĂ©s servent de la mĂȘme façon aujourd’hui. Leur utilisation de ces centres et leur action de solidaritĂ© est vĂ©ritablement utile pour les rĂ©fugiĂ©es.

La rĂ©gion est Ă©pargnĂ©e jusqu’à prĂ©sent par l’armĂ©e russe et les signes de la guerre sont plus limitĂ©s qu’ailleurs : restrictions d’usage de l’électricitĂ© mais pas de couvre-feu, pas de barrages sur les routes mĂȘme s’il y a des sacs de sables par endroits, des panneaux d’affichages pour les soldats et contre les russes, des soldats Ă  la gare d’Oujhorod. C’est une rĂ©gion oĂč les ultra-nationalistes sont peu prĂ©sent·es. NĂ©anmoins on y voit une grande tristesse partout liĂ©e Ă  la prĂ©sence des rĂ©fugiĂ©es, des familles sĂ©parĂ©es, des nouvelles qui tombent rĂ©guliĂšrement sur le front, sur les bombardements qui touchent les civils comme celui d’un jardin d’enfant Ă  Kiev ou du centre commercial de Krementchouk pendant que nous Ă©tions lĂ -bas.

La situation de gravitĂ© est renforcĂ©e Ă  la frontiĂšre. À l’aller, on voit des voitures qui amĂšnent des enfants pour qu’ils et elles voient leur pĂšre, des femmes font du stop car on ne peut pas passer la frontiĂšre Ă  pied. D’autres vĂ©hicules qui amĂšnent de l’aide. Des immigré·es ukrainien·nes vivant en France qui viennent discuter et constatent avec surprise que les syndicats font ce travail... À notre retour, la frontiĂšre est celle de l’exil pour les rĂ©fugiĂ©es. Les personnes qui sortent avec le bus dans lequel nous nous trouvons le font pour beaucoup pour la premiĂšre fois. Ce sont des femmes de l’est, essentiellement russophones. Les hommes de 18 Ă  60 ans n’ont pas le droit de quitter le pays en raison de la mobilisation gĂ©nĂ©rale des personnes soumises Ă  la conscription et des rĂ©servistes et les mesures sont encore renforcĂ©es puisque depuis le dĂ©but juillet ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  quitter leur domicile. Il y a des enfants et leurs animaux de compagnie. Cela fait dĂ©jĂ  4 mois de guerre, pour celles et ceux du Donbass, cela a commencĂ© en 2014 et ils et elles vont rejoindre des personnes dĂ©jĂ  exilĂ©es. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les rĂ©fugiĂ©s, 4,8 millions de rĂ©fugiĂ©s d’Ukraine ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s Ă  travers l’Europe d’aprĂšs un dĂ©compte Ă©tabli le 7 juin. On assiste Ă  des coups de fils angoissĂ©s, Ă  des adieux des enfants Ă  leur pĂšre Ă  la frontiĂšre


Du cĂŽtĂ© slovaque l’accueil n’est pas une bienvenue (c’est sans doute diffĂ©rent aux postes de frontiĂšre avec la Pologne ou la Roumanie). A 4 heures du matin, alors que les personnes sont dans le bus et Ă  la frontiĂšre depuis 8 heures du soir, les rĂ©fugiĂ©es et les enfants sont pressé·es, leurs bagages descendus du bus sont fouillĂ©s sans mĂ©nagement, les ordres en anglais aboyĂ©s pour accĂ©lĂ©rer le contrĂŽle. Une femme tzigane a droit Ă  un traitement renforcĂ©.

Le retour est long, il fait 40 degrĂ©s depuis plusieurs jours. On reçoit encore des messages de remerciements. On sait qu’un des participants s’est vu offrir une carte SIM dans une boutique de Lviv aprĂšs qu’il ait racontĂ© notre pĂ©riple. La solidaritĂ© des syndicats français est apprĂ©ciĂ©e. Elle doit continuer.

Nous rentrons avec la perspective du train qui va partir avec 3 wagons de biens à destination des syndicats. Nos camarades de SUD rail sont aux premiùres loges des discussions d’organisation. La mobilisation continue dans les entreprises pour obtenir des dons et toujours pour contribuer financiùrement.

Verveine

Convoi Syndical Pour L’ukraine, La SolidaritĂ© Syndicale A Un Nom !