Ukraine : 2023, le retour des luttes sociales

Author
Patrick Le Tréhondat
Date
January 19, 2024

2023 a été marqué en Ukraine par le retour de luttes sociales. En dépit de la loi martiale qui interdit tout rassemblement ou manifestation sur la voie publique, les mouvements sociaux se sont réapproprié l’espace publique pour exprimer leurs revendications. Il est à noter que dès novembre 2022, les étudiants de Lviv de l’Académie de l’imprimerie s’étaient rassemblés sur une place publique avec des pancartes pour protester contre le projet de fermeture de leur université. En décembre, le groupe féministe Bilkis tenait des piquets de protestation trois samedis de suite devant le magasin d’une marque de liqueur dont les bouteilles arboraient des femmes dénudées. Par ailleurs, Bilkis organisait en ce mois de décembre glacial des collages et distribution de tracts dans les rues de la ville.

Pour autant ces expressions ne relèvent pas d’un « défaitisme » (ou comme le disent habilement les médias occidentaux d’une « lassitude de la guerre » tronquant ainsi l’humeur publique). Selon une enquête du département sociologique du Centre Razumkov, réalisée en décembre 2023, 88 % des Ukrainiens croient en la victoire de l’Ukraine, seuls 5% des personnes interrogées en doutent. 70 % des Ukrainiens interrogés par les sociologues considèrent qu’il est important de critiquer d’éventuelles décisions erronées des autorités. Dans le même temps, 25% insistent pour éviter tout conflit politique.

Luttes sociales

Mesurer l’ampleur des luttes sociales dans les entreprises est difficile.

Les deux principales confédérations syndicales, FPU et KVPU communiquent peu sur ce sujet. De plus, outre les conditions de vie en temps de guerre peu propices au militantisme ou à la revendication, le mouvement syndical a été affaibli par l’engagement massif de syndicalistes [1] dans les forces armées dont nombreux sont mort au combat. Cet engagement, avec des conséquences immédiates, pèsera également à long terme sur le mouvement ouvrier ukrainien. Pour autant, la KVPU annonçait en décembre 2023 que le syndicat des mineurs avait obtenu des augmentations de salaire [2]. Toujours en décembre 2023, le tribunal régional de Kryviy Rih a reconnu, suite à un procès intenté par le syndicat des cheminots, illégale la suspension partielle de paiement de salaires par les chemins de fer ukrainiens Ukrzaliznytsya. Cette décision concerne plus de 300 000 travailleurs qui vont désormais toucher l’entièreté de leur salaire [3]. Ces actions en justice sont également engagées par salariés à titre individue, avec ou sans l’appui de syndicats. Les raisons en sont multiples. Licenciement abusif, non-paiement du salaire... Selon Vitalyi Dudin, avocat du droit du travail, 44 % de ces procès se concluent en faveur du salarié [4]

Signalons enfin la longue lutte des coursiers de Kyiv et Dnipro [5]

Deux secteurs, la santé et les étudiants, où deux syndicats combatifs sont présents, ont vu des luttes importantes se dérouler.

1/ Luttes dans le secteur de la santé

Sous l’effet conjugué de la réforme néo-libérale (entamée avant le 24.2.22) et la guerre, la situation dans les hôpitaux s’est fortement dégradée. Selon un rapport du 10 août 2023 du Centre de santé ukrainien, depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, plus de 1 000 attaques contre des infrastructures de santé ont été enregistrées. Le système de santé ukrainien - établissements médicaux et autres infrastructures de santé - a subi environ deux attaques par jour depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie le 24 février 2022. La contre-réforme du système de santé, sous couvert de décentralisation et d’ » optimisation » a confié aux collectivités locales la gestion des hôpitaux, subventionnés selon les actes médicaux déclarés [6]. De plus il est prévu que si la masse salariale dépasse 85%, les salaires peuvent être réduits au minimum unilatéralement [7]. Ajoutons la corruption endémique (achats de médicaments surfacturés, attribution de primes ou de d’augmentation de salaires pharaoniques aux organes de direction). On ne compte plus le nombre d’hôpitaux perquisitionnés par la police. Dans cette situation, il n’est pas rare de voir le personnel médical ne plus toucher son salaire pendant un, deux ou trois mois. Il arrive également qu’il soit brutalement licencié du jour au lendemain suit des fusions-restructurations décidées autoritairement.

Dans cette situation, l’organisation syndicale Sois comme Nina [8] se détache comme une organisation fortement combative. Outre l’important travail de secours humanitaire qu’elle mène à l’instar de l’ensemble du mouvement syndical [9], Sois comme Nina se bat quotidiennement dans les hôpitaux pour faire respecter les droits des travailleurs de la santé [10]. Sois comme Nina dénonce également la division genrée du travail à l’hôpital.

« Les femmes, en particulier les infirmières ukrainiennes, ont une charge de travail excessive. Sur leur lieu de travail, elles sont responsables de la santé des patients, doivent réagir en temps voulu et fournir des soins médicaux rapides. Dans le même temps, la majorité des infirmières ukrainiennes sont privées d’évolution de carrière et ne sont pas incitées à se perfectionner. En plus de son travail, une femme doit élever ses enfants, s’occuper de la santé de sa famille et de ses proches et veiller à la gestion de la maison. C’est pourquoi Sois comme Nina soulève cette question à chaque fois. Nous recherchons une répartition égale des responsabilités dans la société. Sois comme Nina a toujours été soutenue par des organisations féministes telles que l’Atelier féministe et Perspectives des femmes. Nous organisons ensemble des séminaires et des événements publics [11]. » explique Oksana Slobodyana, présidente de Sois comme Nina.

Face au fonctionnement actuel des hôpitaux Sois comme Nina affirme un « contre-plan ». « Gérer et contrôler les hôpitaux est possible » considère le syndicat [12]. Face à la crise :

« Le moyen le plus efficace est de créer des syndicats indépendants qui peuvent et pourront comprendre clairement la situation et contrôler tout de l’intérieur. En effet, qui connaît mieux la situation de son hôpital, ses capacités, son administration que les employés eux-mêmes. Ainsi, gérer et contrôler les hôpitaux est possible si nous commençons par élire le directeur par le personnel lui-même. En outre, les membres de la direction doivent être responsables même après leur licenciement, de sorte que le syndicat sera en mesure de contrôler tous les processus [judiciaires]. Enfin, la chose la plus importante est une comptabilité transparente, qui montre clairement combien d’argent a été reçu et à quoi il a été dépensé ». ajoute Oksana.

Cette revendication de contrôle est également dans d’autres secteurs (voir plus bas paragraphes luttes étudiantes et rassemblements citoyens).

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Manifestation d’infirmières à Kryvyï Rih contre le non-paiement de leurs salaires. , Aout 2023.

À la veille du nouvel An, Sois comme Nina a obtenu une nouvelle victoire. Le personnel soignant de la ville d’Oleksandria, dans l’oblast de Kirovohrad, a réussi à obtenir le paiement de plusieurs mois d’arriérés de salaires. Son montant total s’élevait à environ 4 millions Hryvnias (97 000 euros). Le personnel médical de l’hôpital d’Oleksandria (150 salariés) était confronté à des retards de salaire depuis septembre 2023. En raison d’un financement insuffisant de la part du Service national de santé ukrainien, leur établissement médical avait été liquidé et le personnel transféré dans un autre hôpital. Cependant, le problème de la dette salariale n’avait pas été résolu. « Le mouvement Sois comme Nina joue un rôle important dans la mise en lumière des problèmes du secteur médical. C’est le seul mouvement en Ukraine qui se bat réellement pour les droits des travailleurs de la santé » a souligné une infirmière.

2/ Luttes étudiantes

En février 2023, le paysage syndical étudiant (dominé par deux organisations syndicales « de droite ») a vu l’arrivée d’un nouveau venu : Priama Diia (PD, Action directe) [13]. Cette nouvelle organisation (qui s’inscrivait dans la lignée des Priama Diia qui avaient existé antérieurement) est né de la lutte des étudiants de Lviv contre la fermeture de l’Académie de l’imprimerie [14] de novembre 2022. Depuis le syndicat a remporté plusieurs victoires que lesquels il revenait dans son bilan de l’année 2023

« C’est sur la base d’une crise sociale de grande ampleur que la nouvelle génération du syndicat indépendant Action directe a vu le jour.

  • Grâce aux efforts du syndicat, l’étudiante Karina Chmeliuk, qui est aujourd’hui une membre active d’Action directe, a été renvoyée de la Crimée occupée vers les territoires contrôlés par le gouvernement ;
  • L’initiative « Students - Academics ! » a été lancée pour attirer l’attention sur le problème des étudiants financés par l’État qui prennent des congés académiques ;
  • Les étudiants ont organisé un événement intitulé « Semaine contre le fascisme », au cours duquel nous avons rappelé que l’opposition aux idéologies haineuses est toujours d’actualité,
  • Nous nous sommes rassemblés pour des nettoyages afin de montrer que la protection de l’environnement est une question qui devrait préoccuper tous les groupes sociaux, y compris les étudiants ;
  • En collaboration avec le conseil des étudiants du département de psychologie de l’université de Karazin, nous avons édité une brochure sur la lutte contre la violence psychologique exercée par les enseignants ;
  • Nous avons lancé une action demandant l’occupation de l’ambassade russe vide pour la transformer en un centre de jeunesse accessible au public ;
  • Participation aux manifestations contre la saisie du bâtiment du KNUKiT par les pillards, qui se sont soldées par une victoire pour les étudiants ;
  • Nous avons contribué à la création du « Comité étudiant du 11 octobre » chargé d’inspecter la réinstallation des fenêtres et des portes à l’université nationale de Lviv, puis nous avons inspecté les abris dans les universités ;
  • Nous avons participé à des manifestations contre la chauvine Iryna Farion, exigeant son licenciement de son poste de professeur à l’école polytechnique de Lviv ;
  • Nous avons organisé une manifestation à la KIMA contre la décision de l’administration de faire payer les étudiants pour leurs absences. »
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Mobilisation étudiante à Lviv, novembre 2023

Ajoutons que le syndicat connaît un réel développement. Dans plusieurs de ces mobilisations le syndicat a mis en avant le contrôle étudiant [15]. Comme il mentionne plus haut il a contrôlé l’état de nombreux abris dans les universités et publié des comptes rendus publics de ses inspections. Le syndicat explique sa démarche ainsi :

« Dans un contexte de guerre, la question des conditions de sécurité des études dans les établissements d’enseignement et l’hébergement dans les dortoirs pour étudiants se pose avec une acuité particulière. Afin de protéger les étudiants et le personnel des effets dévastateurs de futurs bombardements, le gouvernement a proposé des recommandations sur la manière d’organiser des abris dans les établissements d’enseignement. Cependant, dans quelle mesure les administrations des universités ukrainiennes respectent-elles consciencieusement ces exigences et quel est l’état de nos abris ?

Nous lançons une campagne d’inspection des abris dans les bâtiments scolaires et les dortoirs afin d’attirer l’attention du public sur la situation réelle des mesures de sécurité et de créer un espace pour la lutte en faveur d’abris sûrs et confortables.

Pour ce faire, nous avons créé un canal où nous publierons des informations sur les résultats de l’audit, alors rejoignez-nous

Nous appelons tous ceux qui le souhaitent à participer - écrivez-nous sur l’état des abris dans vos universités/dortoirs en utilisant notre bot - @priama_dia_bot. Si vous êtes prêt à participer à la vérification, écrivez-nous et rejoignez la campagne ! »

Actuellement, le syndicat est engagé dans une campagne contre la fermeture de l’Université nationale de Tauride originellement en Crimée exilée en territoire libre [16] qui enseigne notamment la langue tatare. Cette fermeture s’inscrit dans une vaste de plan qui vise à

  • Réduire le nombre d’étudiants (aussi réduction en cours des bourses d’études) ;
  • Livrer à la spéculation leur terrain et bâtiment à la spéculation immobilière

Elle est le fruit d’un audit soutenu par la Banque mondiale effectué avant le 24.2 22. 70 autres universités sont promises à la fermeture

Rassemblements citoyens

L’année 2023 a vu également la multiplication de rassemblements citoyens [17] dans l’espace public des villes d’Odessa à Lviv. On peut y voir toutes les classes d’âge, hommes et femmes (souvent la presse interroge d’ailleurs les « organisatrices » à leur sujet). Des militaires en treillis y participent et s’y expriment librement. Ils rassemblent selon les jours et les endroits entre 30 et 1 000 personnes [18]. Malgré la loi martiale la police [19] laisse faire même lorsque ils se transforment en manifestation dans les rues.

On peut distinguer trois types de rassemblements selon les questions mises en avant.

1/ Pour le retour des prisonniers de guerre.

Les participants ont souvent des membres de leurs familles prisonniers des Russes et exigent que les échanges de prisonniers soient plus importants. Ils demandent à la société ukrainienne de ne pas les oublier. Par exemple le dimanche 14 janviers 2024, à Dnipro, un rassemblement a été organisé en soutien aux prisonniers de guerre. Sur la place Slobozhansk, une centaine de personnes sont sorties avec des affiches appelant au retour de leurs proches de captivité russe. À Kyiv, ils étaient 300 venus rappeler une fois de plus à la société et aux autorités qu’ils attendent depuis près de deux ans le retour de leurs proches de captivité russe et ils étaient 120 à Mykolaïv. Des rassemblements ont eu lieu également à Odessa (30 participants), à Tcherkassy (100), à Potlava(30), à Soumy (20) et à Khmelnytsky (une manifestation dans les rues de 23 femmes).

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Manifestation à Kyiv, octobre 2023, pour le retour des prisonniers de guerre.

2/ Pour la relève des soldats au front

Ces rassemblements demandent la relève des soldats au front. Exemple toujours le dimanche 14 janvier 2024, Le 14 janvier, à Vinnytsia, des familles de militaires - femmes, mères et enfants - ont participé à un rassemblement dans le centre de la ville. Elles ont exigé que les autorités démobilisent les militaires après 18 mois de service. Une telle action a eu lieu à Vinnytsia pour la cinquième fois depuis le début de l’invasion à grande échelle. Les affiches portées par les participants disaient : « C’est à mon tour de serrer papa dans mes bras tous les jours », « L’Ukraine est un pays de gens libres. Les militaires ne sont-ils pas des gens ? », « 36 mois. Peine de mort pour les militaires », « Laisse papa rentrer à la maison ! C’est l’heure des autres », « Les familles de militaires exigent la démobilisation », etc. Les participantes ont exprimé leurs revendications lors d’une marche à travers la ville et a duré une heure et qui s’est terminée près du bâtiment administratif de la mairie.

Comme pour le retour des prisonniers de guerre, ces rassemblements n’expriment à ce jour pas de revendications précises au gouvernement (par exemple sur la mobilisation) mais témoignent d’une exaspération à l’égard des autorités.

3/ Contestation des budgets municipaux

« Des drones puis des pavés » est le plus souvent le mot d’ordre qui domine ces rassemblements. Ses participants contestent les dépenses faites par les conseils municipaux en faveur de dépenses qu’ils jugent « non essentielles » comme la rénovation d’un stade ou d’un tribunal ou bien encore... le repavement d’avenue Et ce aux dépens des aides qui pourraient être apportées aux forces armées. Les participants sont aussi des membres de familles de soldats au front qui, tant ils sont démunis de produits essentiels à la vie quotidienne mais aussi de drones par exemple, leur demandent de leur apporter leur aide.

Exemple ;

Le 9 septembre 2023, des rassemblements ont eu lieu à Odessa et à Lviv pour exiger que l’argent des contribuables soit dirigé vers les besoins des forces armées plutôt que vers d’autres dépenses engagées par les autorités locales. Environ 60 personnes étaient présentes près de l’immeuble de l’administration militaire régionale de Lviv. « Allouez des fonds à l’armée, pas aux pavés » ont crié les manifestants. Sviatoslav Litynskyi, l’auteur de la pétition sur la limitation des dépenses non essentielles et en faveur du développement de la capacité de défense de l’Ukraine, a déclaré que plus de 25 000 personnes avaient soutenu sa pétition. Un officier grièvement blessé de la 93 brigade mécanisée, Artur Kireev a expliqué sa présence ainsi ! « Je suis venu au rassemblement pour informer nos autorités qu’il faut désormais allouer des fonds à l’armée, et non au pavage des rues, à la construction de nouveaux stades et à autre chose ». Le rassemblement à Lviv a duré une heure.

Le matin du 9 septembre, plus de 1 000 personnes se sont rassemblées à Odessa. Ce rassemblement faisait suite à d’autres moins importants en nombre tenus les semaines précédentes. « Nous exigeons que les impôts soient dépensés pour l’aide aux militaires, pour les garrots, les véhicules d’évacuation. Au lieu de cela, nous voyons des appels d’offres tous les jours : tribunaux, arbres de Noël... » explique Kateryna Nozhevnikova.

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Débat sur le budget municipal à Tcherkassy organisé par les habitants. Décembre 2023.

À Tcherkassy (200 000 habitants, situé à mi-chemin entre Kyiv et Dnipro), les habitants à force de rassemblements ont obtenu que 500 millions d’ Hryvnias soient dédiés au soutien des forces armées. Quelques jours avant ce qu’ils considèrent comme une victoire ne soit obtenue, ils avaient organisé un débat public sur les finances municipales dans un abri d’un centre commercial. « La communauté enverra les propositions élaborées à la réunion au conseil municipal » avait déclaré une des animatrices du débat Viktoriya Feofilova. Et au lendemain de l’annonce du conseil municipal des 500 millions, lors d’un nouveau rassemblement « Maintenant, notre tâche est de surveiller et de contrôler. À partir de janvier, il est nécessaire de surveiller le processus d’allocation des fonds » devait déclarer un manifestant en s’adressant aux 500 personnes présentes le 23 décembre. Anna Malysh a ajouté : « Actuellement, l’objectif intermédiaire a été atteint : nous nous sommes battus pour que le programme de soutien aux forces armées soit inclus dans le budget de la ville. Mais la lutte continue, car il est important de garantir que cette aide soit effectivement fournie. Maintenant, notre tâche est de surveiller et de contrôler ». Une forme de contrôle populaire. Une expérience qui fait tache d’huile puisque dans une localité voisine, Valery Makeev organisateur d’un rassemblement déclarait début janvier 2024 « Il est interdit d’assister à des rassemblements pendant la loi martiale. Mais cela a fonctionné à Tcherkassy, et cela peut fonctionner à Kanev. Parce qu’ici avec notre rassemblement des conseillers de la ville vont sentir qu’il serait préférable qu’ils ne restent pas sur leur position. »

4/ Territoires occupés

Outre les mouvements de résistance, Atesh (guérilla et renseignements militaires), le Ruban jaune (diffusion des couleurs de l’Ukraine dans l’espace public), Mavka (mouvement de femmes, édite un bulletin clandestin, 14 numéros parus), il existe des rassemblements d’Ukrainiens excédés par leurs conditions de vie que leur impose l’occupant russe. Ces rassemblements réunissent moins de 10 personnes, en raison de graves risques qu’il y a à s’opposer aux autorités locales. Cependant, souvent les protestataires se filment et diffusent les vidéos sur les réseaux sociaux où ils (en fait souvent elles) expriment leurs doléances.

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Rassemblement le 4 janvier 2024 à Marioupol.

Fin 2023, une sociologue de Kharkiv estimait que ces rassemblements se coordonneraient et pourraient devenir une force avec laquelle le gouvernement devrait compter.

La photographie présentée ici est très incomplète. N’y figurent pas les mouvements féministes [20], les mouvements LGBT ou les mouvements écologistes, les coopératives etc. Mais cependant elle indique que la société ukrainienne est en train de bouger et de porter ses exigences sociales, dont la satisfaction expliquent certains de ses acteurs est indispensable à la victoire. Il est vrai que libération nationale et libération sociale sont imbriquées dans l’histoire contemporaine de l’Ukraine. La capacité d’auto-organisation dont a fait preuve la société ukrainienne lors des Maïdan mais surtout dans les premiers mois de la guerre a inscrit dans la mémoire collective le chemin possible de la double émancipation qu’il lui fallait emprunter.

Notes

[1] Il est remarquable que des groupes gauchistes français qui appellent de leurs vœux à longueur de colonnes à l’ « armement du prolétariat » ignorent cette réalité, préférant pérorer sur la mainmise de puissances impérialistes occidentales sur l’Ukraine et se refusent à toute solidarité avec le mouvement ouvrier ukrainien.

[5] « Vous ne vivez pas dans un pays où l’on peut faire grève », https://laboursolidarity.org/fr/europe/n/2940/vous-ne-vivez-pas-dans-un-pays-ou-l039on-peut-faire-greve

[6] Une maternité a été convaincue d’avoir déclaré de fausses naissances pour augmenter sa subvention.

[7] C’est ce qui est arrivé aux infirmières d’un hôpital dans la région de Lviv qui ont donc demandé « l’ouverture des livres de compte » de l’hôpital pour vérifier si la réduction de leurs salaires était justifiée. Demande refusée, elles ont créé un syndicat affilié à Sois comme Nina.

[8] Sois comme Nina ne se réduit pas à une organisation syndicale classique. Il faudrait prendre le temps et la place ses multiples facettes et expliciter sa stratégie syndicale qui au-delà du simple développement linéaire de l’organisation.

[9] La FPU, par exemple, disposant de nombreuses infrastructures (centre de colonies de vacances etc.) a mis celles-ci à la disposition des réfugiés, ce qui a constitué une aide considérable.

[10] « Nous créons des syndicats indépendants dans les hôpitaux » https://laboursolidarity.org/fr/europe/n/2623/-nous-creons-des-syndicats-independants-dans-les-hopitaux-

[15] Priama Diia (Action directe), pour le contrôle étudiant, https://laboursolidarity.org/fr/busca/n/2922/priama-diia--action-directe-pour-le-controle-etudiant

[16] En raison de l’occupation de la Crimée par la Russie en 2014, l’université a réussi à être déplacée vers les territoires contrôlés par l’Ukraine. En 2016, l’université a rouvert ses portes à Kyiv.

[17] La page Facebook du comité français de solidarité avec l’Ukraine se fait l’écho régulièrement de ces rassemblements et en publie les photos https://www.facebook.com/profile.php?id=100087563586225

[18] Notons que les participants prennent des risques en raison de la concentration de portables qu’ils provoquent et n’échappent pas aux radars russes. En Syrie, les Russes ont souvent pilonné des concentrations de portables comme devant une distribution de pain.

[19] Le seul cas de répression que je connaisse est celui d’une jeune manifestante à Lviv qui avait répandu de la peinture à l’eau rouge lors d’un rassemblement. Arrêtée, elle a été relaxée par le tribunal.

[20] Pour découvrir l’un d’entre eux voir Bilkis un groupe féministe ukrainien https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/bilkis-french_compressed.pdf

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